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Ne pas punir un chien réactif

Définition de la punition

Une punition est un acte qui a pour but de faire cesser un comportement gênant. La punition peut être coercitive (aussi appelée punition positive) en ajoutant et/ou provoquant quelque chose de désagréable obligeant l’individu à arrêter ce qu’il est en train de faire. Elle peut aussi être négative, en retirant quelque chose d’agréable à un individu dans le but de lui faire arrêter son comportement.

Le problème de la punition, c’est qu’elle n’a aucun but pédagogique. Elle fait arrêter un comportement mais ne donne aucune solution ou direction vers ce que l’on attend de l’individu. En conséquence, celui-ci va proposer d’autres comportements, qui ne seront pas forcément ceux attendus non plus. Dans la continuité, ces comportements non désirés seront également punis… ajoutant de l’incompréhension et bien sur du stress. Tout cela entache la relation entre les individus et bien sur casse la confiance.

Dans l’éducation bienveillante, nous utilisons la punition négative TOUJOURS couplée à du renforcement positif (c’est à dire l’ajout de quelque chose d’agréable). Cependant, nous vous déconseillons de punir la réactivité car cela ajoute de la frustration et du stress à l’animal qui n’est en aucun cas réceptif à nos attentes car son mental est accaparé par la situation stressante. Juliette vous explique cela en vidéo (en utilisant l’exemple de la punition coercitive).

Exemple de Ever, réactive aux chats

Pour vous donner un exemple de l’effet de la punition (même si elle n’est pas induite volontairement) sur un chien réactif : Ever (Sheltie Slovlaque) est extrêmement réactive aux chats. Par la passé, elle se mettait dans des états terribles, restait pendant plusieurs heures sous tension, bavait… Très grosse réactivité de sa part !

Aujourd’hui elle aboie fort et utilise énormément le mouvement (allers/retours, sauts, tremblements) pour répondre à cette émotion qui a besoin d’être évacuée. Sauf que Swing (la petite Corgi) est réactive à la réactivité d’Ever. Quand Ever réagit trop, elle est frustrée et ne comprend pas trop ce qu’il se passe, alors elle lui saute dessus quelques secondes en aboyant et en lui tirant les oreilles. Après quelques répétitions, Ever arrête d’aboyer à la vue d’un chat en présence de Swing. Elle bouge encore plus pour évacuer le stress MAIS elle n’aboie plus.

En ne se concentrant que sur cette action (ce qu’adorent faire les éducateurs qui roulent des mécaniques sur internet), une chose évidente saute aux yeux : la punition a fait faire un gros progrès à Ever. Peut être que si je haussais le ton ou que je la menaçais un peu elle finirait par être calme en voyant les chats passer ?

Mais prenons un peu de recul. Dès la 2ème fois, Ever s’est mise à grogner et aboyer vers les oiseaux du jardin, ce qui ne lui arrivait jamais de façon systématique. On observe parfaitement son hypervigilance, elle ne veut rien rater de ce qu’il se passe au jardin.  Après 3 ou 4 répétitions sans aboyer, Ever a claqué des dents vers Swing en grognant et a continué d’aboyer sur les oiseaux les jours qui ont suivi.

Que s’est-il passé selon vous ? 

Nous en avons parlé dans les causes de la réactivité : le corps a besoin d’évacuer le stress, et pour ça il doit agir. Nous, humains, sommes plus dans le contrôle, contrairement aux animaux restés beaucoup plus connectés à leurs ressentis, leur instinct. Pour eux, témoigner de leur peur, de leur joie, de leur frustration, de chacune de leurs émotions, c’est naturel !

En lui ajoutant un stress pour l’empêcher d’agir, c’est comme si nous avions mis un couvercle sur une casserole qui déborde : la pression est montée et son stress a éclaboussé d’autres moments du quotidien… Si Juliette avait laissé la situation telle quelle, Ever aurait très rapidement développé des comportements d’automutilation puisque c’est sa tendance dans les périodes plus stressantes.

La punition de la réactivité est la clé pour accéder à l’escalade du stress.

Mais imaginons que nous continuions de punir chaque comportement :

  • aboyer sur les chats
  • s’exciter à la vue d’un oiseau
  • attaquer les gens dans la rue
  • aboyer au bip de la friteuse
  • tirer sur sa laisse
  • se tirer les poils des pattes ou se lécher
  • etc…

Cela revient à mettre un couvercle sur chaque débordement émotionnel… donc à corriger les comportements les uns après les autres de façon à ce qu’ils ne soient pas reproduits. Tout d’abord je risque de voir apparaître de nouveaux comportements ou de voir revenir d’anciens : prédation sur les véhicules, malpropreté, grognements envers l’humain qui réprimande,…le tout principalement à cause de sa perte de confiance en elle et en son humain.

Mais un jour probablement qu’elle restera sage, qu’elle sera calme en voyant des chats, des oiseaux et des passants, qu’elle marchera au pied et que le BIP de la friteuse lui fera à peine lever la tête.

Détresse acquise et morsure

Aujourd’hui, on le sait, quand un être vivant n’a plus de solution à proposer pour se sentir mieux, il ne propose plus rien. On appelle ça la détresse acquise. Évidemment plus les punitions sont violentes et répétées, plus cet état de détresse acquise s’installe rapidement et en profondeur. Mais le stress de départ est toujours là, il ne s’évacue jamais. Alors le chien accumule encore et toujours, jusqu’au jour où il explose vraiment, alors là tous les comportements de départs sont prêts à exploser : ce ne sera plus un grognement mais une attaque, pas un claquement de dents mais une morsure profonde. A ce stade le chien est incapable de mesurer sa façon de communiquer, il a besoin de tout lâcher maintenant.

(Attention ! Il est important de savoir que dans ce cas les attaques redirigées sont nombreuses : le chien mord ce qu’il a sous la main, sous l’effet du stress il mord de façon non réfléchie. Ce type d’accidents restent courants.)